Macbeth
La nouvelle mise en scène de Macbeth signée Robert Lepage n’a rien d’une reconstitution historique. Dès les premières minutes, le spectateur comprend qu’il sera plongé dans un univers brutal et contemporain, où la tragédie shakespearienne se déploie au cœur d’un monde dominé par la violence, la loyauté et la soif de pouvoir.
Dans cette version, les protagonistes ne complotent plus dans des châteaux écossais, mais dans des lieux anonymes et délabrés. Les motos remplacent les chevaux, les vestes de cuir tiennent lieu d’armures, et les tatouages racontent l’appartenance à un clan. Ce choix esthétique fort permet à Lepage de faire résonner le texte avec une réalité qui parle davantage au public québécois, pour qui l’imaginaire des motards conserve une fascination certaine.
Avant de fouler la scène du Théâtre du Nouveau Monde, cette adaptation a d’abord été présentée en anglais à Stratford, en Ontario. Elle revient aujourd’hui en français, portée par des interprètes bien connus d’ici. Alexandre Goyette campe un Macbeth tourmenté, tandis que Violette Chauveau incarne une Lady Macbeth d’une intensité redoutable.
Le texte s’appuie sur la traduction de Michel Garneau, dont la langue, profondément ancrée dans le parler québécois, confère à l’œuvre une dimension à la fois crue et étonnamment fidèle à l’esprit original. Certaines répliques déclenchent des rires spontanés dans la salle, sans pour autant désamorcer la gravité du drame. Ces moments plus légers servent plutôt de contrepoids à la noirceur omniprésente.
Transposer une œuvre aussi emblématique dans un contexte aussi marqué comportait son lot de risques. Pourtant, Lepage relève le défi avec assurance, livrant un spectacle ambitieux et maîtrisé. Si l’oreille doit parfois s’ajuster à certaines inflexions très locales, la force de la proposition et la qualité du jeu emportent l’adhésion. Sur près de trois heures, cette relecture s’impose comme une interprétation marquante d’un texte que l’on croyait connaître par cœur.




