Don Quichotte de la Mancha dépoussiéré
Quichotte, sur la scène du Théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 6 juin, revisite l’œuvre de Cervantes à la façon de Rébecca Déraspe et Frédéric Bélanger.
Après avoir travaillé ensemble sur La nuit des rois et Orgueil et préjugés, ils se lancent dans un projet qui chamboule l’image du fameux chevalier tout en gardant l’esprit du mythe. Ici, Quichotte n’a rien d’un chevalier errant. Il devient un prof de littérature qui se planque dans un cabaret-bordel, pendant qu’une violente crise secoue le dehors. Autour de lui, c’est tout un
groupe de personnages marginaux, chacun essayant de survivre dans un monde franchement hostile.
Ils n’ont pas voulu copier le roman à la lettre. Ils préfèrent créer quelque chose de neuf, mais qui reste inspiré par les thèmes essentiels de Cervantes : idéal, rêve, quête de justice, et ce tiraillement constant entre imaginaire et réalité. Frédéric Bélanger voulait garder la folie poétique et la liberté de Quichotte, mais les rendre actuelles, la confronter à nos propres angoisses d’aujourd’hui.
Ce Quichotte soulève des questions qui nous concernent tous : comment garder espoir dans un monde aussi dur ? Est-ce que la fiction peut vraiment éveiller les consciences ? Jusqu’où va la lucidité, où commence la folie, surtout quand on refuse de fermer les yeux sur la violence du réel ? Rébecca Déraspe voit aussi dans cette adaptation une réflexion sur la place de l’art et du théâtre dans notre vie. Pendant l’écriture, elle n’arrêtait pas de se demander pourquoi raconter Quichotte aujourd’hui. Pour elle, ce personnage pose des questions sur notre capacité à nous indigner, et sur la façon dont l’indignation peut se transformer en action. Elle parle aussi du rôle de la fiction comme tremplin
d’empathie — un moyen de nous rapprocher des autres, de ressentir leur monde.
Mais elle sait bien que la fiction ne suffit pas toujours. Il faut aussi écouter les voix du réel, rester attentif à ce qui vient de dehors. La troupe rassemble plusieurs noms connus de la scène québécoise. Normand D’Amour campe le rôle principal avec une sensibilité qui a touché le metteur en scène. Il le décrit comme quelqu’un d’humain, capable de porter la fragilité et le rêve du personnage. Marie-Andrée Lemieux devient une Dulcinée complètement transformée : elle n’est plus juste l’objet d’un fantasme, elle existe, elle parle, elle a du cran. Benoit McGinnis complète le trio avec Sancho.
Autour de ce noyau, des comédiens et des musiciens donnent vie à un univers scénique débordant, où tout se mélange — musique, théâtre, poésie. Les créateurs tiennent à souligner le travail collectif derrière cette expérience. Pour eux, le théâtre, c’est avant tout un endroit où on se rencontre, où on se soutient, où on écoute. Quichotte, dans leur version, devient une œuvre intensément humaine, une invitation à réfléchir à la force des rêves, à l’engagement, et à la façon dont on se connecte — ou non — au monde.
Supplémentaires:
mardi 19 mai à 13 h*
dimanche 31 mai à 14 h





